SPECTACLES ET SELECTION


Il ne faut pas jouer avec le feu. De la passion mal éteinte, des identités substituées, des fragilités bougonnes ou rieuses.


Pour un simple dîner entre amis, à la veille d’un déménagement et de vacances programmées, l’univers du couple, Tiphaine-Benoît, et de ses satellites, Alex et Emilie, est en risque d’explosion. Parce que les mensonges sont là, les non-dits, les encore-à-dire, dans une mystification de la nouvelle venue qu’on aimerait voir se consoler, entre divorcés, avec l’ami de toujours. Mais ce que n’ont pas mesuré Benoît, amusant bouffon nostalgique de ses velléités d’acteur, et Alex son complice de vie depuis toujours, c’est la force corrosive des blessures d’enfance, si mal colmatées, et des cicatrices jamais expiées des amours estudiantines. Tiphaine pressent la catastrophe, Emilie la provoque en toute innocence, les deux grands gamins faussement adultes, qu’une enfance en désarroi de tendresse a empêchés de mûrir, y jouent avec rire, méchanceté, cynisme, inconséquence. Il serait temps de grandir, au-delà des ambitions, des caprices, des rivalités, des réminiscences. Les temps à venir risquent une fois de plus d’être cruels…

Efficaces, attendrissants  et persuasifs, les quatre acteurs, en couples alternés, donnent vie et mouvement à ce marivaudage assassin et la mise en scène, en apparence simpliste, d’un intérieur petit-bourgeois sans métamorphose laisse aux poufs rouge sang, rouge-cœur, le soin de la métaphore, malléables, modelables au gré des contacts et des ivresses, des séductions ludiques et des confessions si longtemps retenues, enfin éclatées.

On rit beaucoup, d’abord franchement, de ces quiproquos et autres facéties puérils et embrumés par l’alcool. Insidieusement, le propos usurpé se dit confidence et aveu, les vérités n’échappent plus au dévoilement, les peurs et les frustrations se font jour. Une dernière pirouette, un ultime éclat de rire. Points de suspension…



Annick Drogou